Colloques

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Actes de la Journée d’étude de Nice-sept 2011

Le langage entre corps et mémoires

Interventions :

Georges Juttner, Pédopsychiatre, Psychanalyste : La parole incarnée.

La parole d’un enfant est la rencontre entre un Sujet et son histoire. Il n’y a pas d’autre Sujet qu’incarné. La parole se situe à la charnière entre la corporéité et
l’ordre du langage. Nous aborderons cette question sous l’angle de concepts élaborés par deux psychanalystes femmes : à savoir le concept d’« image inconsciente du corps » chez Françoise Dolto et celui des « pictogrammes » chez Piera Aulagnier.

Marie-Pierre Fabre, Orthophoniste : Nabil et la tour de Babel.

Elisabeth Genest, Orthophoniste : Marie ou « les ravages de l’aliénation mère/enfant.

Jacky Garrone, Psychomotricien clinicienDe la trace au sens. Du mouvement au geste et à la parole.

Vous pouvez commander les actes de cette journée sur le site de l’ITECChttp://itecc.free.fr/Site_02/publications.htm

Textes du colloque de Cannes, Grandir ensemble. Derrière le visible, l’invisible…Octobre 2012

Vous trouverez ci-après trois textes de ce colloque:

Implication affective des professionnels

Alberto Konicheckis 

Psychologue Clinicien, Psychanalyste

Professeur à l’Université Paris Descartes

Laboratoire de Psychologie Clinique et Psychopathologie

Résumé

Comment les éprouvés affectifs des professionnels de crèche peuvent être utilisés comme des outils de travail à mettre au service de l’enfant et de ses parents ? L’implication affective des professionnels suppose la capacité d’accueil des états difficiles du bébé et de ses parents. Des expériences issues de la pratique courante en crèche auprès de Christelle, 7 mois, montrent comment se crée un espace relationnel entre les enfants, les parents et les professionnels où les ressentis affectifs empêchent la formation d’impasses relationnelles.

Mots clés

Implication affective, accueil, identification, projection, parents

Lorsque les parents confient leur enfant à la crèche s’ouvre un espace relationnel complexe où les professionnels sont effectivement et affectivement sollicités. Leur implication affective peut être considérée alors non pas par elle même, en elle même, mais dans les liens qui s’établissent avec les parents et surtout avec l’enfant. Il me paraît important de déterminer comment ces éprouvés affectifs peuvent être utilisés non pas comme une gêne à supprimer mais plutôt comme de véritables outils de travail à mettre au service de l’accueil de l’enfant.

Je définirais l’implication affective des professionnels d’abord auprès de l’enfant et ensuite auprès de l’adulte, en m’inspirant de trois sources qui constituent, toutes les trois, des tentatives de se mettre en accord – dans le sens musical du terme – avec l’expérience affective de l’enfant :

  • La préoccupation maternelle primaire, d’après Winnicott (1956), où la mère s’adapte aux besoins de l’enfant,
  • La relation contenante-contenu, d’après Bion (1962), où l’adulte accueille, réceptionne, porte en soi ce qui lui fait vivre l’enfant pour le tranformer,
  • L’approche mis en place par l’Institut Pikler Loczy de Budapest, qui propose une importante qualité de soin, d’attention et d’observation, mais, en même temps, un énorme respect pour les ressources propres de l’enfant.

Auprès de l’enfant

Je pense qu’il est extrêmement important pour un bébé de grandir dans un environnement réceptif à sa vie psychique et émotionnelle. Dans ces dernières années, nous avons fait beaucoup de découvertes sur les possibilités des bébés à vivre des expériences affectives. Mais ces possibilités supposent aussi des limites. Le bébé n’est pas toujours en mesure de pouvoir expérimenter, transformer et assimiler ce type d’expériences. Elles peuvent devenir alors source de douleurs et de souffrances, qu’il va chercher à expulser de sa personne. C’est là où la préoccupation maternelle primaire et la fonction contenante des adultes sont si importantes pour le psychisme infantile. Elles supposent une reconnaissance de ces limitations infantiles dans l’acceptation et l’expérience de la vie affective.

Les adultes parlent et peuvent ainsi tenter de communiquer leur ressenti. Pour le bébé il en va tout autrement. Je pense qu’il communique, et beaucoup, autant que n’importe quel autre être humain. Mais il est évident qu’il n’utilise pas un langage verbal articulé. La question n’est pas seulement de pouvoir lui parler, mais surtout de l’entendre, c’est à dire, de faire résonner en nous les cordes qu’il fait vibrer. Comment pouvons-nous accueillir ces expériences qu’il a autant du mal à éprouver? On comprend que seule une implication affective de la part des professionnels permette d’échanger et de dialoguer authentiquement avec un bébé.

Cette implication affective des professionnels est d’une part douloureusement régressive. Des professionnels, adultes, pour s’accorder et dialoguer avec le bébé se mettent à son diapason. Ils peuvent être ainsi entraînés à se dépouiller et à se sentir dépossédés des formes habituelles et sophistiquées de la relation entre adultes. Il n’est pas étonnant que l’équipe des professionnels, tout comme les jeunes mamans, ressentent une sensibilité extrême, car elle est à l’image même de ce qu’on suppose être celle éprouvée par l’enfant. C’est un exercice périlleux que la vie quotidienne nous épargne si nous ne fréquentons pas les jeunes enfants. Mais autrement, comment pourrions nous échanger avec eux?

Mais d’autre part, les professionnels, en tant qu’adultes possèdent des possibilités psychiques pour modifier ces expériences affectives douloureuses que le bébé justement ne possède pas encore. C’est ce que Bion appelle la capacité de rêverie de la mère, à laquelle l’enfant cherche à s’identifier afin de rendre ses expériences affectives plus vivables.

Nous pouvons le constater presqu’au quotidien. Souvent, dans les réunions d’équipe nous parlons d’un enfant qui présente une difficulté particulière. Il est grognon, il chuine, il est énervé, ou bien, il est agressif, il ne supporte pas qu’on l’approche, ou il mord, il devient très jaloux, possessif, il a du mal à faire sa sieste, etc. Ou beaucoup de tout ça à la fois. Parfois, à l’égard de ce même enfant, les membres de l’équipe manifestent un certain agacement, une réticence à s’occuper de lui, voire même une tendance au rejet. L’atmosphère quotidienne du groupe nécessairement le ressent. Elle peut devenir orageuse. Il y a de la nervosité dans l’air, des chamailleries entre collègues, on s’évite, etc.

Au cours de ces réunions alors, les uns et les autres expriment comment chacun vit la relation avec cet enfant ainsi qu’avec son entourage. Les échanges au sein de l’équipe sont souvent frustrants, déroutants, car il n’est pas toujours possible de cerner, de saisir, ce qui fait qu’à un moment donné un enfant présente une difficulté particulière. Mais tout aussi souvent on peut vérifier qu’en sortant de la réunion, et sans rien dire de particulier à l’enfant dont il était question, tel un miracle, ce même enfant change complètement d’attitude. La plupart du temps, il sent, par des voies qu’on peut repérer comme étant celles de l’identification, que par ces échanges au sein de l’équipe sa vie affective et émotionnelle a trouvé un lieu d’accueil et de transformation. C’est à ces mouvements et changements affectifs chez l’adulte que l’enfant me paraît être extrêmement sensible.

Et reconnaissant, car lorsque l’enfant ne rencontre pas cet écho affectif chez les adultes qui s’occupent de lui, sa souffrance ne peut que s’accroître, et avec elle s’instaure un cercle vicieux relationnel. En effet, les manifestations symptomatiques comme les pleurs, les cris, les agressions s’intensifient, provoquant l’agacement de l’équipe qui au lieu d’essayer de comprendre se montre plutôt intolérante et assez systématiquement répressive. Ce qui ne peut qu’augmenter la nervosité de l’enfant et ainsi de suite.

A l’Institut Pikler Loczy, on propose deux modalités de temps complémentaires, celui du soin, pendant lequel l’enfant est en compagnie avec la nurse et celui de l’activité libre et spontanée. L’un et l’autre de ces deux modalités de temps se complètent et s’enrichissent mutuellement. Pendant l’activité libre et spontanée, les interactions sont de nature indirecte. L’adulte est à la portée de l’enfant qui peut décider si établir ou non une relation avec l’adulte. L’enfant bénéficie d’une attention et d’une observation continues ce qui permet aux professionnels de respecter ses rythmes personnels. Les soins sont apportés avec beaucoup d’attention et d’une manière stable par un nombre réduit de personnes.

Cette forme d’implication, proche, sensible et concernée et en même temps respectueuse de l’activité libre et spontanée de l’enfant que propose l’Institut Pikler Loczy, offre l’occasion d’une part de permettre à l’enfant de mettre en place sa réalité psyché-soma et, d’autre part, pour ce qui est de l’implication affective, de différencier la relation soignante professionnelle de celle maternelle. On doit en particulier à M. David (2002) la réflexion sur cette distinction à effectuer. M. David rappelle que la relation maternelle est une relation continue, qui se poursuit tout au long de la vie. C’est une relation complexe, où se mêlent la tendresse, les frustrations, les renoncements, les joies. Le bébé suscite énormément d’attentes et de projections personnelles et familiales, liées aussi à la vie du couple. Le soin apparaît alors comme un aboutissement, comme le résultat de toute cette complexité affective et émotionnelle qui rend la relation mère-bébé unique et irremplaçable.

Dans une institution, le soin apparaît comme la première des priorités. Il restitue chez l’enfant un sentiment de bien-être et de sécurité. La relation professionnelle-bébé rencontrerait d’énormes difficultés si la soignante cherche à se substituer à la relation de l’enfant à la mère. L’enfant n’est pas impliqué dans sa vie passée, présente et future comme il est impliqué dans la vie psychique de sa mère.

Implication affective auprès des parents.

Ces quelques points de référence concernant l’implication affective des professionnels auprès des enfants me semblent pouvoir être transposés à la réflexion sur les liens affectifs que les professionnels tissent avec les parents. Des expériences issues de la pratique ordinaire, comme celle avec Christelle et sa maman, nous permettront d’élargir et d’approfondir ces premières considérations.

Malaise dans la section de bébés (Christelle)

Nous sommes dans une réunion avec les parents de la section des bébés. C’est une réunion proposée par l’équipe de la crèche pour présenter le travail quotidien, pour développer le dialogue avec les parents, et aussi pour permettre aux parents de se rencontrer entre eux. Dans cette réunion, à peine quelques points sont prévus dans l’ordre du jour, le reste du temps est consacré à une sorte de discussion spontanée à partir des questions des uns et des autres adressées aux uns et aux autres. Ainsi, à un moment est mise en circulation une question que les parents sont censé aborder: « êtes-vous satisfaits de la crèche? ».

Contrairement à tous les autres parents qui expriment une satisfaction sans réserve, la maman de Christelle, 7 mois, marque un point d’arrêt et exhale d’abord un « mmmm » dubitatif, pour finir par dire ensuite, peut-être sous la pression du groupe, que « beh… finalement, oui, je suis contente de la crèche ». L’équipe a ressenti ce temps d’hésitation comme une attaque, qui l’a mise très mal à l’aise.

Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, – l’expérience affective de mal être par rapport à la légère hésitation de la maman de Christelle – nous avons réfléchi à cet incident dans une autre réunion d’équipe, cette fois sans les parents. Il est apparu alors que ce sentiment de malaise répandu par la maman de Christelle sur les membres de l’équipe ne datait pas en fait de cette réunion avec les autres parents. Une des auxiliaires de l’équipe raconte alors qu’elle se sent sous surveillance par la maman de Christelle. Par exemple, une fois, à la fin de la journée, en venant la chercher, la maman trouvant Christelle dans un baby-relax lança autour d’elle: « Ah bon, elle est restée toute la journée dans son baby-relax!? ». A partir de ce jour, l’équipe s’est mise à prendre Christelle dans les bras à l’heure où on pensait que la maman de Christelle allait arriver. Rien ne justifiait un tel geste. Si ce n’est la crainte d’une remarque désagréable de la maman de Christelle lors de son arrivée.

La situation s’est encore complexifiée car, à partir de cette période, justement, Christelle refusa d’être prise dans les bras. Lorsque quelqu’un s’approchait d’elle avec l’intention de le faire, elle se raidissait aussitôt, et avec ses bras, essayait de repousser la personne. Les auxiliaires se sentaient blessées, comme si elles étaient des mauvaises mères

L’intérêt de cette observation clinique est de souligner que parfois l’équipe, tout comme une jeune mère, éprouve de la fragilité et de la vulnérabilité. Mais aussi, tout comme un bébé se sent fragile et impuissant devant les avatars de l’existence. Par ailleurs, qu’est-ce qui pouvait faire croire à l’équipe qu’il fallait tenir Christelle en permanence dans les bras? D’où pouvait venir cette sensation si ce n’est d’une expérience très primaire de se sentir désemparé devant la vie? L’expérience affective de l’équipe l’entraîna d’ailleurs vers des gestes de soin inadéquats, en désaccord avec l’état affectif de Christelle, qui de son côté se chargea de le rappeler.

Dans cette situation tout le monde était malheureux et mal à l’aise: l’équipe, la mère et Christelle. A partir de là, nous avons essayé de comprendre ce que vivait cette maman. Comment se faisait-il qu’autour d’elle un tel malaise pouvait se répandre? Christelle est un enfant unique et sa maman a dû reprendre son travail alors qu’elle aurait voulu pouvoir la garder un peu plus longtemps. Mais elle était aussi très contente de retourner à son travail. Pour la mère c’était une situation pour le moins conflictuelle, et source de culpabilité. C’est comme si elle se disait: « je suis ravie de retrouver mon travail alors que la petite a encore besoin de moi. Je la laisse tomber pour mon bien être personnel ».

Et c’est en effet cette culpabilité de mal faire, que vit aussi l’équipe dans ces moments de tension. Le culpabilité de la mère se transmet, se projette sur elle. Nécessairement, les parents, tout comme les bébés, font ressentir à l’équipe des sentiments difficiles et douloureux à accepter pour eux. La maman de Christelle peut aller tranquille à son travail si elle ressent que l’équipe est en mesure d’accepter, d’accueillir, voire même de porter ses propres culpabilités, crispations et angoisses à elle.

L’implication affective se trouve aussi dans cette capacité que peut avoir l’équipe d’accueillir ce que les parents lui font ressentir. On voit bien que dans des cas comme celui de Christelle cette circulation d’affects risque de mener vers des impasses et des cercles relationnels vicieux d’où on a le plus grand mal à sortir. La plupart du temps, c’est l’enfant qui fait les frais de ces situations. Il va de soi que toutes les équipes ne sont pas toujours en état de tolérer un tel poids psychique sur elles. La notion d’implication affective des professionnels concerne justement le travail que l’équipe est capable d’effectuer afin de modifier cet investissement affectif dont elle est l’objet de la part des parents.

Bibliographie

Bion, W.R. (1962) Aux sources de l’expérience. Paris, P.U.F., 1979.

David M. (2002) Pour une meilleure connaissance du bébé : contribution de l’Institut Emmi Pikler. In Szanto-Feder A. (dir.) Lóczy : un nouveau paradigme ? L’institut Emmi Pikler dans un miroir à facettes multiples. Paris, PUF.

Winnicott D.W. (1956) La préoccupation maternelle primaire. In De la pédiatrie à la psychanalyse (1958). Paris, Payot, 1969.

Des pulsions du jeune enfant aux pratiques quotidiennes en crèche : l’implication éducative de l’adulte, parents et professionnels 

Marie-Paule Thollon-Behar, Psychologue, docteure en psychologie du développement

La petite enfance est le moment où l’enfant commence à passer du principe de plaisir au principe de réalité, ce qui va lui permettre de se socialiser, c’est-à-dire de faire partie d’un groupe en en respectant les règles. Ce processus de socialisation peut se mettre en œuvre grâce à l’éducation qui est apportée. Or, nous allons voir qu’il est difficile d’éduquer aujourd’hui pour différentes raisons. L’une d’entre elle est que nous vivons dans une société de consommation qui privilégie la satisfaction immédiate des désirs, c’est-à-dire le principe de plaisir : « faites vous plaisir tout de suite, vous paierez plus tard ».

Je m’appuie dans cette présentation sur la psychologie du développement, qui est centrée sur ce qui est observable, c’est-à-dire ce qui est visible. Je pars également de ma pratique de psychologue, exerçant auprès de professionnels de la petite enfance et de l’enfance.

La question articulant les pulsions et les pratiques quotidiennes en crèche, interroge la relation entre les parents et les professionnels autour de l’éducation. En effet, les parents sont maintenant et à juste titre, pris en compte par les professionnels, ce qui n’a pas toujours été le cas. Il faut donc travailler à une complémentarité entre parents et professionnels dans les places et les rôles de chacun, pour aider chaque enfant accueilli à grandir.

J’ai choisi un fil rouge dans cette présentation en évoquant trois petites histoires tirées de séances d’analyse de la pratique :

– La maman de Célia, 1 an tout juste, annonce un matin que Célia n’a plus de sucette. La sieste se passe très mal, Célia ne parvient pas à s’endormir, elle est grognon dans la journée… les jours passent et le comportement de Célia ne s’améliore pas.

– La maman de Nina, 2 ans et demi,  ne supporte pas qu’elle se salisse, elle demande à ce que Nina ne joue pas dans le sable. La directrice, un jour, un peu contrariée,  lui demande : vous préférez qu’elle soit propre et qu’elle s’ennuie, ou qu’elle se salisse et qu’elle s’amuse ? La maman de Nina répond : «  qu’elle soit propre et qu’elle s’ennuie ».

– Sofian, un petit garçon de 3ans adore se déguiser avec une robe à fleurs et à volants et des chaussures à talon orange. Le papa de Sofian ne supporte pas de retrouver son fils déguisé ainsi. Il demande aux professionnels d’interdire à son fils de mettre ces vêtements là.

Que se passe t-il du point de vue de l’enfant ?

  • L’enfant doit apprendre à contenir ses pulsions pour se socialiser. Cette contenance va passer par la compréhension des limites. Pour cela, il doit faire le lien entre l’action qu’il effectue et l’effet que cela produit sur l’adulte. Il s’agit d’une compétence socio-cognitive, la causalité interpersonnelle qui se manifeste vers l’âge de 8- 9 mois.
  • Pour que ce lien s’établisse, l’adulte doit réagir d’une façon cohérente, toujours plus ou moins de la même façon, sinon le lien ne pourra s’effectuer. De la même façon, il faudrait que tous les adultes réagissent entre eux, de la même façon, vis-à-vis de ce qu’il fait.
  • Petit à petit, l’enfant va intérioriser progressivement ces limites, et vers l’âge de 6 ans, cette intériorisation permettra la construction des valeurs : le bien, le mal, la justice, l’amitié, le mensonge etc.

Auparavant il doit accepter des limites et vivre des frustrations. Il peut exister un paradoxe entre le respect du rythme de chaque enfant qui est préconisé dans la petite enfance et les contraintes de la vie en collectivité, sources de frustration. Ne sommes nous pas à certains moments dans une idéalisation de la vie que peut avoir un enfant en collectivité, idéal impossible à atteindre et donc qui va générer un sentiment de culpabilité chez les professionnels ?

Fil rouge : la sucette de Célia renvoie au stade oral, les jeux avec le sable, le fait de se salir au stade anal et le déguisement de fille de Sofian rappelle la différenciation des sexes du stade phallique.

Que se passe t-il du point de vue des parents ?

Il existe un certain nombre d’obstacles à la contenance éducative:

–          La culpabilité  de le laisser « en garde » pendant toute la journée, de ne pas passer suffisamment de temps avec lui. On dit souvent aux parents que la qualité de la relation avec l’enfant est plus importante que la quantité de temps qu’ils vont passer avec lui. Or, quand ils récupèrent leur enfant, tout ne se passe pas toujours bien, la qualité n’est pas forcément au rendez-vous. Ils n’ont pas envie de faire le gendarme. Ils risquent de « lâcher » sur le plan éducatif en pensant ainsi conserver une bonne relation avec l’enfant.

–          La toute-puissance perçue de l’enfant et de l’enfant qu’ils ont en eux. Ils ne se sentent pas capable d’exercer leur autorité sur un enfant qu’ils pensent ne pas parvenir à faire obéir.

–          Le doute sur « comment éduquer aujourd’hui » en raison des différents modèles éducatifs. Les parents sont partagés entre plusieurs modèles éducatifs, plus ou moins autoritaires[1].

–          Les parents peuvent avoir une certaine représentation de l’avenir de leur enfant dans une société qu’ils voient difficile, exigeante et dans laquelle un enfant trop docile, trop obéissant ne pourra faire son chemin. Il leur semble meilleur que leur enfant ait « de la personnalité ».

Les valeurs des parents sont différentes de celles des professionnels. Certains se renseignent, lisent, vont sur les forums.

Ainsi, la maman de Célia a peur que la sucette n’empêche sa fille d’apprendre à parler. Elle a un an, elle ne va pas tarder à prononcer ses premiers mots. Cette maman s’est documentée sur la question. Mais elle n’explique pas pourquoi elle a pris cette décision aux professionnelles qui ne le lui ont pas demandé. Célia ne dort toujours pas bien.

D’autres parents ont des choix éducatifs, liés à leur propre histoire :

La maman de Nina est seule pour s’occuper de sa petite fille, elle veut montrer qu’elle est une maman compétente. Pour elle, une maman compétente c’est une maman qui a une petite fille propre et bien habillée.

Le papa de Sofian est sans doute très sensible à la différenciation des sexes et fier de son petit garçon. Le déguisement peut évoquer l’homosexualité.

Que se passe t-il du côté des professionnels ?

Il existe des valeurs éducatives qui font partie de la culture professionnelle, ce qui permet une cohérence éducative au sein de l’équipe, mais qui peuvent être très différentes des valeurs des parents.

Un jour, les professionnels qui ont conscience du besoin d’oralité de Célia « craquent » et lui donnent une sucette. Elle  s’endort immédiatement. Les professionnelles  n’osent pas le dire à sa maman.

De la même façon, les professionnelles qui connaissent le plaisir de Sofian à se déguiser et hésitent à le laisser faire sans le dire au papa et en évitant que celui-ci ne le voit !

Il peut néanmoins exister des valeurs personnelles différentes entre les professionnelles au sein des équipes, avec le risque d’un manque de cohérence éducative et de conflits.De plus les limites ne sont pas toujours explicites.

Les professionnelles de la petite enfance ont un rôle difficile du point de vue de l’éducation car elles interviennent à un âge où tout est à mettre en place. C’est sans doute la période la plus difficile avec l’adolescence. On pourrait s’interroger sur ce que leur fait vivre le fait d’être toujours dans ce rôle de poser des limites.

Il y aurait donc une réflexion à conduire sur les limites. Sont-elles toujours adaptées aux besoins du tout petit d’agir, de bouger, de crier, à utiliser son énergie. Quelles contraintes imposent-on aux jeunes enfants accueillis en collectivité? Quelle tolérance a-t-on vis-à-vis de l’expression de leur énergie et de leur pulsion ?

Par ailleurs, il faut se donner les moyens de comprendre le comportement de l’enfant : expression des pulsions ou mal être, comme dans l’exemple de la morsure?  L’observation est essentielle afin de répondre au mieux. Derrière le visible, ce que l’on observe, il faut comprendre l’invisible et lui donner un sens. A-t-on le temps, la disponibilité psychique nécessaire, la formation… ?

Que se passe t-il entre parents et professionnels ?

Depuis plusieurs années les parents sont reconnus comme étant les premiers éducateurs de leur enfant, ce qui n’était pas le cas auparavant quand les professionnels se positionnaient comme experts du petit enfant.

Mais, nous avons vu qu’il existe des différences entre milieu familial et milieu collectif, entre les choix éducatifs des parents et les valeurs éducatives des professionnels.

Il s’agit donc de :

–          si possible écouter les motifs des choix éducatifs des parents.

–          parfois négocier avec eux, en s’appuyant si besoin sur le projet éducatif de la structure, en expliquant le sens des pratiques éducatives.

Avec la maman de Célia, une auxiliaire de puériculture nouvellement arrivée a été choquée que l’on puisse mentir aux parents. Elle l’explique au cours de la séance d’analyse de la pratique. En accord avec l’équipe, elle décide de discuter avec la maman. Celle-ci explique le motif de son exigence. L’auxiliaire montre à cette maman ce qui est fait dans la structure vis-à-vis de la sucette, que celle-ci n’est pas donnée systématiquement, qu’il y a un endroit pour la ranger dans la journée etc. Elle évoque les difficultés d’endormissement de Célia. La maman comprend et accepte que l’on laisse la sucette à Célia au moment de la sieste.

Avec la maman de Nina, la directrice qui a entendu et compris les enjeux de la propreté pour elle, explique à son tour l’intérêt du jeu dans le développement de l’enfant, elle explique ses valeurs professionnelles. Petit à petit, la maman de Nina accepte qu’elle ne soit pas impeccable quand elle la récupère à la crèche et qu’elle joue dans le sable. De leur côté, les professionnelles veillent à ce qu’elle ne se salisse pas trop.

Pour Sofian, il a été impossible d’échanger avec son papa sur une dimension qui renvoie à la sexualité, ce qui paraissait beaucoup trop compliqué pour les professionnelles. Il a été décidé de dire à Sofian que son papa n’était pas d’accord avec son déguisement et qu’il ne pouvait pas le mettre.

Afin de faciliter les échanges et de soutenir les valeurs de l’équipe, il est important de pouvoir s’appuyer sur un projet éducatif. Les occasions sont fréquentes : demandes de restriction de sommeil, apprentissage de la propreté engagé trop tôt…

En guise de conclusion

Il est nécessaire de pouvoir réfléchir en équipe et de savoir se remettre en question afin de garantir les points suivants :

  • Tendre vers une co-éducation avec les parents.
  • Expliquer le sens des pratiques éducatives et donc le connaître.
  • Savoir justifier auprès des décideurs qu’il faut avoir du temps pour  échanger entre parents et professionnels.
  • Faire mieux connaître les conditions d’un travail de qualité, rendre visible le travail dans la petite enfance qui n’est pas assez bien connu, par les parents, les décideurs, les hommes politiques.

[1] Luce Dupraz : « de la difficulté d’éduquer aujourd’hui », in MP Thollon Behar « parents, professionnels, comment éduquer ensemble un petit enfant ? », Erès 1001 bébés.

Les pulsions chez l’enfant

Jean Charles BOUCHOUX

Psychanalyste

Avant d’aborder l’étude des pulsions, nous devons admettre l’existence d’une énergie psychique de même que nous admettons une énergie physique.

Comment démontrer l’existence de cette énergie ? Commençons par la notion d’énergie physique, beaucoup plus facile à approcher. Nous sommes détenteurs d’une certaine quantité d’énergie physique. Lorsque nous faisons du sport ou que nous travaillons physiquement, nous l’épuisons. Nous avons ensuite besoin de nous reposer, d’évacuer nos toxines en nous lavant, de boire et de nous nourrir afin de recharger nos « batteries ».

À l’inverse, si nous avons une activité intellectuelle intense, nous produisons de l’énergie psychique. Au bout d’un certain temps, nous ne pourrons plus ni réfléchir ni nous concentrer : c’est peut-être le moment d’aller nager ou nous promener, afin de décharger l’excès d’énergie psychique produit.

Quand nous faisons un effort corporel, notre organisme produit une énergie (physique) qui est dépensée dans l’effort fourni. Quand nous faisons un effort psychique, nous produisons une énergie (psychique) qui, elle, n’est pas « consommée » pendant l’effort. Notre corps se met alors sous tension et cherche un moyen d’évacuer cette énergie. Chaque pensée, désir ou aversion, chaque production mentale s’accompagne de son lot d’énergie qui demande à être éliminé. Étonnamment, deux désirs n’ont pas toujours le même « poids », et certains peuvent être plus coûteux que d’autres en énergie.

Ainsi, après un effort physique, le corps demande à être rechargé en énergie physique ; après un effort intellectuel, il demande à être déchargé de son trop-plein d’énergie psychique.

Un kinésiologue, qui travaille sur les interactions entre l’état d’esprit et l’énergie physique, saurait peut-être démontrer ce phénomène. L’expérience suivante peut être réalisée. Il s’agit d’une sorte de bras de fer : le sujet de l’expérience tend son bras et essaye de résister à une pression infligée par un tiers qui tente de lui faire abaisser le bras. L’organisateur de l’expérience commence par demander au « cobaye » de se concentrer sur un bon souvenir : il est alors difficile de lui faire plier le bras. Puis l’organisateur lui demande de penser à un souvenir pénible : le « cobaye » n’oppose alors presque plus de résistance à la pression. Cette expérience démontre ce que nous savons déjà intuitivement : trop de soucis mine nos forces, coûte très cher en énergie et nous met « à plat ».

Lorsque notre estomac est vide, une irritation se crée au niveau de l’organe qui a besoin de se remplir à nouveau. Notre corps se met alors sous tension : il envoie un signal de faim à notre psychisme et lui impose d’élaborer un désir. En recevant ce signal de faim, nous pensons à ce que nous souhaitons manger en fonction de nos goûts (sucré, salé…). Nous pouvons aussi décider de ne pas tenir compte de ce signal si nous sommes au régime. Quoi qu’il en soit, ce qui compte pour l’estomac, c’est d’être rempli ; ce qui importe pour l’organisme, c’est de revenir à un état sans tension.

La stimulation qui nous fait réagir peut être interne (la faim ou tout autre besoin à l’origine somatique[1], mais aussi n’importe quel désir) ou externe (une agression, une demande ou toute excitation venant de l’extérieur). Nous nommerons excitations endogènes les stimuli provenant de l’intérieur de notre organisme et excitations exogènes ceux qui viennent de l’extérieur.

S’il est plus ou moins possible d’échapper ou de se protéger des excitations exogènes, par exemple par la fuite, il semble impossible de se soustraire à la prise en compte de ses besoins internes.

La pulsion est l’énergie, la force qui nous pousse à réagir face à l’excitation endogène pour faire disparaître la tension qu’elle provoque. Venant de l’intérieur, elle doit absolument être gérée.

Tout besoin, pensée, désir ou aversion entraîne en effet une réaction de l’organisme qui se met sous tension. Or un excès de tension, c’est-à-dire d’énergie (tant d’un point de vue physique que psychique), nous met en danger. Cette énergie doit coûte que coûte être déchargée vers l’extérieur, car nous risquons d’atteindre un état de souffrance si nous dépassons notre seuil de tolérance.

Sans titre-1

Sans titre-2

[1]. Qui se rapporte au corps.

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Initiation  à la SOPHROLOGIE

Par Murielle Van CAMPENHOUDT

Soirée du vendredi 17 Février 2012

Une dizaine de psychomotriciennes se sont regroupées autour de Murielle, l’intervenante de la soirée, elle-même psychomotricienne et sophrologue caÏcédienne.

Murielle nous a permis de faire une approche « version light » de la théorie de la sophrologie Caïcédienne, en sachant qu’il y a plusieurs courants en sophrologie.

Celle-ci est une science récente, puisque créée par le Professeur Caycédo, autour des années 60.

Les fondements ont pris leur source à la fois dans la pensée orientale (yoga, boudhisme, ..) et dans la pensée occidentale (phénoménologie existentielle).

La sophrologie vise à optimiser la présence existentielle de l’être, à nous faire découvrir nos capacités et le sentiment d’unité corps/esprit. Elle nous permet de retrouver le sentiment profond de la Vie qui est en chacun de nous

Murielle nous a ensuite invité à un moment de pratique.

Par l’entraînement à la Relaxation dynamique guidée (activations du mouvoir associées à la conscience respiratoire), nous  atteignons volontairement un relâchement et une présence à soi qui nous fait (chacun à notre rythme) découvrir un sentiment d’unité corporel.

Nous activons la première capacité de la conscience, la concentration. Nous découvrons un corps vivant, avec la possibilité de faire des  liens avec notre manière de fonctionner dans notre existence.

Puis, notre initiatrice a animé un long moment de partage de vécus et de ressentis, par une prise de parole de chaque participante.

Cette soirée s’est déroulée de façon très conviviale et dans un échange enrichissant.

Merci à Murielle pour ce temps instructif et, pour autant, chaleureux !

Merci à l’IME les Chênes de nous avoir accueillies dans ses locaux.

Christiane Grenier de Cardenal

Conférence de Serge Lesourd

« Les avatars du corps »

Dans cette conférence, Serge Lesourd, à partir de deux prémices:
  1. la question de la différence entre le corps imaginaire et le corps réel,
  2. l’aphorisme Lacanien: « il n’y a de jouissance que du corps »;

aborde deux questions:

  1. le corps comme avatar,
  2. les prothèses du corps.

Serge Lesourd fait une articulation intéressante entre les objets issus du discours techno-scientifique qu’il appelle « prothèses du corps » et le rapport au corps des sujets contemporains.

Lien : http://dl.free.fr/bDgWe1vSJVenez

COMPTE-RENDU de la REUNION du 21 / 11 / 2011

Lieu : CENTRE RESSOURCES AUTISME (= CRA)

           Région PACA NICE

          Hôpital pédiatrique CHU-Lenval.

Objet : Présentation du CRA, faite par Mademoiselle Elise CORMIER, psychomotricienne du service, que le bureau d’administration de l’association CoRPS tient à remercier pour son intervention, claire et synthétique.

Participants : 15, dont 3 non adhérents, s’étant acquittés d’un droit d’entrée.

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La réunion dure 2 bonnes heures, en 2 temps :

  • Présentation du CRA et de ses missions ;
  • Evaluation psychomotrice et autisme.

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MISSIONS du CRA :

Le CRA de Nice dépend du service de psychiatrie infanto-juvénile du Professeur Askenazy, directrice coordinatrice, avec un médecin praticien hospitalier, le Docteur Serret et un médecin chef de clinique, le Docteur Vesperini.

Il nous est présenté la constitution de l’équipe.

Le CRA est issu de la loi pour le handicap du 11 / 2 / 2005 « égalité des chances », complétée par la circulaire du 3 / 2005, signifiant la politique menée par le Ministère de la Santé, pour les autistes et les TED.

Il existe un CRA par région.

Pour la région PACA, il y a deux pôles :

  • Marseille (administration, logistique et centre de documents ;
  • Nice (accueil des patients et familles, accompagnements des professionnels libéraux ou en établissements).

L’organisation nationale est gérée par l’ANCRA (= association nationale des centres ressources autisme).

Les CRA ne proposent pas de prise en charge.

Les missions du CRA sont :

  • Accueil, informations, conseils des patients et familles.
  • Appui à la réalisation diagnostique et évaluation fonctionnelle.
  • Formation.
  • Constitution de réseaux professionnels.
  • Recherche médicale, épidémiologique, clinique.

EVALUATION PSYCHOMOTRICE et AUTISME :

Il incombe au psychomotricien d’appréhender le développement psychomoteur et sensori-moteur du sujet, en examinant sa motricité, ses praxies, son intégration sensorielle.

Madame Cormier explique comment aménager l’évaluation psychomotrice des TED (importance des consignes en particulier) et nous présente les particularités le plus souvent repérées, au niveau de la motricité du TED.

L’origine de l’autisme est unanimement reconnue comme multifactorielle, dans lequel le génétique prime, avec une vulnérabilité par rapport aux agents extérieurs.

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La fin de la réunion se conclut par une nouvelle prise de rendez-vous, avec une

Présentation de la sophrologie,

par Madame Murielle VAN CAMPENHOUDT

Le 17 / 02 / 2012,

à L’IME les CHÊNES.

Le nombre de participants étant limité, cette intervention est réservée prioritairement aux membres de l’association CoRPS.

Voici en  téléchargement le livret avec les résumés des communications du colloque:

 « La réalité virtuelle au service de la recherche »

 organisé par le CIREVE de Caen qui s’est tenu les jeudi 27 et vendredi 28 janvier 2011, auquel nous avons participé.

Téléchargement CIREVE

Voici les deux compte-rendus de colloques que nous devons à Gaëlle HA, que nous remercions pour la qualité de ses notes.

Le premier concerne la méthode BULLINGER et le second un colloque sur l’addiction aux jeux vidéo. Bonne lecture!

 Introduction au modèle sensori-tonique d’André BULLINGER et ses applications dans les soins aux enfants avec AUTISME et TED

  • Dr A. ICART

Pour présenter A. BULLINGER, nous retrouvons le mot « dialogue », sur internet comme source de données. Nous allons proposer un échange sensori-tonique avec vous.

  • Dr M.F LIVOIR-PETERSEN

A. BULLINGER parle de bilan sensori-moteur en référence à sa formation. En effet, il était l’élève d’AJURIAGUERRA et de PIAGET.

Nous parlerons d’approche sensori-tonique.

Vidéo film d’un bilan de Jordan (5ans 10mois)

A. BULLINGER demande aux parents le prénom et l’âge de l’enfant.

Durant le bilan, il essaie de rechercher et délimiter un espace corporel en l’entourant de ses bras. Il veut l’inscrire dans un espace corporel.

A. BULLINGER essaie de co-construire un espace psychique avec l’enfant. Il crée un espace topologique et topographique.

Ce qui est intéressant dans cette vidéo:

A. BULLINGER va suivre et attirer l’attention de l’enfant de différentes façons (l’enfant étant agité et essayant de s’échapper)

–                    en l’enveloppant corporellement  pour rassurer Jordan

–                    en permettant à Jordan de se rassembler lorsqu’il lui propose de ranger les boutons dans la boîte (un espace)

–                    en sifflant

–                    en jouant avec la balle, en soufflant et celle-ci se soulève avec l’air

 

Position des parents:

Au début du bilan, ils sont anxieux et parlent beaucoup. Au fur et à mesure, ils deviennent silencieux, en regardant Jordan ils sont apaisés et étonnés.

Un seul canal sensoriel fonctionne

A. BULLINGER montre une stimulation lumineuse à Jordan qui est en train de ranger les boutons, mais il ne s’y intéresse pas.

A. BULLINGER met l’enfant en condition pour qu’il puisse réaliser des choses.

Il n’insiste pas, il est en contact très proche avec Jordan, très tactile.

Expiration profonde d’A. BULLINGER qui reprend celle de Jordan pour être à l’unisson et pour

contenir psychiquement et corporellement Jordan

 

A. BULLINGER essaie de faire advenir un corps à Jordan.

Il ne pense pas que cet enfant se connaît comme un objet dans l’espace. Il ne le suppose ni doté d’un corps ni comme un sujet. Tout ce qu’il fait est une mise en forme corporelle/tonique de l’organisme. Il présuppose que l’enfant n’a pas de représentation de son corps. Il met en forme un appui tonique pour que Jordan se considère comme un objet et puisse interagir avec des objets.

Cette approche sensori-tonique peut être utilisée avec des enfants autistes mais aussi avec des enfants tout venants.

A. BULLINGER parle de « sujet clignotant » en évoquant les enfants autistes, par moment il n’y a plus personne.

L’enfant est-il en train de communiquer ?

Pour communiquer ou faire, il faut avoir une intention. L’objectif est que l’enfant puisse reproduire des activités.

A. BULLINGER configure l’environnement pour que l’enfant en dispose.

Il y a quelque chose de l’ordre du rythme (en lien avec la première année de vie) : nous nous synchronisons à lui.

A. BULLINGER utilise la distance : parfois il est loin de l’enfant et à d’autres moments il est proche de lui.

Il utilise des objets et aussi son propre corps comme il utiliserait une boîte ou quelque chose d’auditif (respiration) ou vestibulaire (lumière) il est ainsi étayant en permanence.

Il peut y avoir plusieurs canaux  : dans un agrippement, tactile et visuel de l’enfant.

Quand A. BULLINGER utilise la baguette sur le corps de l’enfant : il observe si l’enfant retire son bras ou s’il saisit celle-ci (abduction ou adduction).

Au niveau des membres inférieurs, il ramène les pieds de l’enfant au niveau de son front, il observe l’hyperlaxité de Jordan. Celui-ci n’utilise pas ses jambes comme des outils exploratoires. Jordan n’anticipe pas les reliefs avec ses pieds : il peut s’appuyer dessus mais n’anticipe pas.

Les deux fonctions du pied : appui et déroulement.

Dans le développement, l’enfant se vit en étant monobloc au début puis il y a une dissociation des ceintures scapulaire et pelvienne. Dans la vidéo, Jordan n’utilise pas le bas de son corps, quasiment abandonné.

A. BULLINGER respecte les moments de recharge sensorielle lorsque l’enfant va courir. Il va se créer des sensations tactiles, vestibulaires, auditives (en criant).

Vidéo film de Colin (3 ans)

Les symptômes/comportements ont une fonction. Quand on reçoit un enfant, on reçoit les symptômes : ainsi il y a un inventaire à faire ainsi qu’un tri. Certains ne peuvent pas être tolérés comme les cris.

A. BULLINGER a choisi un abord « zen », il ne parle pas durant le bilan. Il fait parler son environnement, le milieu, la situation. Il utilise le sonore. C’est la situation qui parle à l’enfant lorsqu’il tend la main, il s’assoit à côté ou fait du bruit.

La fragilité du corps résume la difficulté de Colin. Cet enfant se sert de son père comme contenant.

Le travail avec les boutons permet un travail de rassemblement. Il s’agit de donner les moyens sensoriels pour sentir dehors, le mettre en situation pour qu’il existe. A. BULLINGER propose un travail avec les boutons « pour se faire des mains puis des pieds ». C’est une fabrication du corps afin de lui permettre de créer des espaces en manipulant les boutons.

Il arrive à amener le corps à une détente. Il va le mettre en situation pour qu’il ait un psychisme : se sentir objet, une entité.

Lorsque Colin est sur la planche, il va chercher la vibration et s’y répand à plat dos. Il se couche sur la planche quand le thérapeute tape sur la planche.

Il passe en hypotonie pour se connaître dans son envergure, il s’installe pour se fabriquer un corps.

Pour A. BULLINGER il n’y a pas de cognitif sans passer ailleurs. Ce sont des sujets « clignotants », on a ou non des performances.

Est ce que Colin a un retard ?

A un moment oui, il a un retard, il est déficitaire . Selon le milieu sensoriel, l’enfant est compétent, il a un corps et une psyché. Il peut agir et a des compétences, son état tonique et émotionnel intervient.

Le temps a son importance pour permettre à l’enfant de se constituer un corps.

Pour M.F LIVOIR PETERSEN, le TED est une voie commune dont les racines étiologiques sont multiples. Ainsi on peut prévenir les troubles autistiques et intervenir le plus tôt possible.

               UN MODELE DE DEVELOPPEMENT PRECOCE

L’enfant a une représentation de lui même dans sa tête.

                   Modèle sensori-tonique d’A. BULLINGER

Le bébé connaît son organisme à mesure qu’il est servi par lui dans un milieu donné. Les liaisons entre signaux sensoriels et signaux toniques que crée son fonctionnement en font un outil et un corps.

Se connaître est un processus développemental (différent du maturatif). Les seuls signaux que connaît l’organisme sont ceux qu’il génère lui même. Les signaux sont toniques et sensoriels. La fonction du milieu est de faciliter plusieurs liaisons plutôt que d’autres.

                   Le développement précoce : un bébé

N’est pas un bébé à ses propres yeux jusqu’où se connaît il comme une entité permanente du milieu?

Qu’est ce qu’un bébé?

–          Un mobile dans un milieu donné

–          Dépendant du tonus de ses muscles

–          Pour entretenir des relations plus ou moins stables avec lui

–          Dont les traces organisent les relations ultérieures

 

Jusqu’où se connait le bébé comme une entité permanente du milieu ?

On est dans un monde d’objets mentaux.

Qu’y a t-il comme flux?

Le flux vestibulaire dit où est son corps.

Quand on rentre dans une salle on oublie. On connaît son corps que par rapport à des retours sensoriels, des réverbérations.

A quel âge commence t-on à construire ses pieds?

A 5 mois, un enfant attrape ses pieds et commence à construire son espace des pieds.

                        Le concept d’instrumentation

L’organisme du bébé n’est pas un outil, il le devient. Il s’instrumente grâce à une meilleure régulation du tonus.

Un bébé à la naissance ne peut pas régler son tonus. Il y a un grand déséquilibre entre ses muscles fléchisseurs et ses muscles extenseurs. L’équilibre se fera vers 7 mois.

Le bébé n’a de corps que dans le regard de ses proches : le corps est la représentation de l’organisme.

Cette représentation s’installe en même temps que l’organisme devient outil, ce sont deux aspects de même phénomène

                        La réverbération sensorielle

L’enfant qui gigote empreinte multimodale qui va lui permettre de se connaître.

                   Les bases du couplage des signaux internes/externes

Des aspects constitutionnels innés

–          Appareil moteur = moyens de mise en formes posturales

–          Appareils sensoriels

–          Voies de transmission et projection : rapidité, latéralisation, somatotopie

–          Traitement des signaux : extraction des invariants (par exemple la sucette manipulée sans la voir le bébé a une préférence quand on lui montre celle-ci)

–          Recherche des signaux : priorisation des signaux relatifs à l’espèce

–          Tempérament

Qui se transforment à l’occasion des interactions de l’organisme avec son milieu.

Pourvu que s’installent entre ces deux milieux des régularités d’interaction.

Le milieu doit être relativement stable.

                             Les effets du couplage sensori-tonique

–          Le corps outil

–          Les objets mentaux ( mémoire / anticipation)

–                                            soi

–                                            autres objets (scène imaginaire)

Selon les liaisons sensori-toniques que le petit enfant peut stabiliser par les recrutements neuronaux.

                             L’instrumentation de l’organisme

  • Une progression céphalo-caudale

Premier outil qui se construit  chez l’enfant

–          Bouche (1er espace)

–          Vision (2ème espace : buste qui se construit)

–          Liaison droite/gauche (articulation du torse, des deux espaces de préhension)

–          Liaison haut/bas (articulation de la ceinture pelvienne, la sphinctérisation anale arrive simultanément)

  • Apparition d’espaces  d’effection
  • Un sentiment de soi comme entité

–          Apparition de colères orientées

–          Usage du « je » qui progressivement ne dépend plus de l’état de l’organisme

Dans la vidéo, A.BULLINGER demande de bien caler le bassin de l’enfant pour lui permettre de faire des torsions.

 

                                  EXAMEN SENSORI-MOTEUR

–          Examen normal

– Espace oral

– Espace du buste : régulation antéro-postérieure, articulation vision périphérique et

vision fovéale

–  Espace du tronc : coordination bi-manuelle et axe vertébral

–  Corps véhicule

–          Particularités observables

  • Déficits instrumentaux
  • « Irritabilités » et absences d’orientation
  • Symptômes compensatoires

* Aspects fonctionnels : les conduites de l’enfant

– Agrippements (recherche  de sensations)

– Stéréotyopies (régularités)

– Evitements

* Déformations somatiques

Facteurs intervenant dans la liaison des signaux

–          Intégrité et réactivité du milieu interne

– Appareil neuro-musculaire

– Appareils sensoriels

– Régulation tonique

– Vigilance

–          Richesse et stabilité du milieu externe (mise en forme posturale)

 

Notion d’appui/aggripement sensoriel

Cela correspond à l’observation d’une mise en forme de l’organisme grâce aux réverbérations Source de réverbérations sensorielles pour l’enfant (porte manteaux sensoriels)

 

La fonction du milieu humain

Particularités : – omniprésent, recherché par l’enfant de manière innée

– contours sensoriels spécifiques à l’espèce

– dialogue tonique : ajustement

Effets : – Agent de stabilité du milieu externe

– En soi buffer de stabilité

– Porte manteau sensoriel

– Dialogue tonique : finesse et continuité des couplages sensori-toniques

Dialogue tonique

Fonction « miroir » : réverbérations sensorielles ….multimodales

Particularités

–        Facteurs externes de cohérence centrale, réverbérations de l’état neuro végétatif/émotionnel du bébé

–        Miroir biaisé par l’histoire maternelle/la culture et mémoire des adultes exerçant cette fonction

Dans l’autisme, ils ont les mêmes besoins, les mêmes ressources mais la répartition des appuis sensoriels est différente.

–          Peu d’utilisation du dialogue tonique

–          Conduites instrumentales dépendantes  –  de la stabilité de l’état de l’organisme

–  des facteurs du milieu maîtrisables

–  de la possibilité de recourir à l’imaginaire

–          Styles de développement différents selon – facteurs étiologiques

– tempérament

– milieu

–          Conduites importantes pour créer  ou conserver des rapports connus au milieu

– Evitements, recherche de maîtrise, tyrannie

– Agrippements sensoriels

– Devoiement conduites instrumentales

–          Déficit des conduites instrumentales pas spécifique à l’autisme :

– troubles de l’alimentation et du langage

– troubles praxiques, locomoteurs, des sphincters

–          Représentation de soi « cassée » et du milieu particulières moins marquées par la fonction  miroir du dialogue tonique.

–          Investissement exagéré des objets mentaux

–          Entourage mis à rude épreuve pour assurer une fonction de cohérence

–          Ce que l’enfant tente de maîtriser

–          C’est la situation qui parle à l’enfant

                             L’examen sensori-tonique et les TSA

L’enfant a développé des adaptations propres.

                             Soins

  • Mise en forme et appuis sensoriels

Aménagement du milieu pour aider à la construction, au maintien du corps outil

Appuis sensoriels et prothèses de rassemblement : des gestes dans la vie de tous les jours

Dialogue tonico émotionnel pour aider à un déplacement de référentiel vers le champ social

  • Difficultés pour utiliser ce référentiel

– L’état d’esprit : désobjectiver le milieu pour y percevoir des flux sensoriels (aliments, air, eau, musique, vêtements, surfaces créant ou réfléchissant vibrations, enveloppes socialisées…)

– Un enfant, un adulte, non un bébé

  • Prévention des troubles

Dépistage important des troubles de la régulation tonique sans attendre le diagnostic

                                  ETUDES DE CAS

Application à l’observation : Ateliers thérapeutiques

YES

Yoga Eveil Sensoriel (octobre 2006)

Travail du schéma corporel et de l’image du corps

Groupe de 5-6 enfants de 5-6 ans

–          Propositions posturales

–          Appuis sur la technique et le déroulement des séances de Hatha Yoga

–          Co-création d’un support narratif

–          Appropriation spontanée des postures pour chaque enfant

–          Temps de représentation graphique en alternance avec les postures

–          Relaxation en fin de séance et reprise de la narration

 

OMBRES ET LUMIERES

Appui sur la narration du YES

Référence de chacun à ses propres postures

–          Ombres projetées sur un mur

–          Ombres projetées derrière un écran

–          Travail des postures à travers les ombres et les dessins

ATELIERS PIEDS MAINS (sept 08 – juillet 09)

Trois enfants TED et dysharmonie psychotique

Travail du schéma corporel et de l’image du corps

–          Sollicitation visage-mains-pieds

–          Jeux d’expérience sensitives (chaud-froid-texture)

–          Motricité et langage des mains (jeux-mimes-signes)

Corps morcelé – Groupe morcelé

–          Recherche de consistance (eau-boue)

–          Recherche de rassemblement (toupie-balancement)

–          Agrippements

–          Percussions (jeux)

–          Nécessité d’avoir recours à un objet transitionnel et à de la nourriture

–          Cris et insultes présents

Le projet d’atelier s’est modifié dans une salle plus petite donc plus contenante (proposition d’une activité terre)

ATELIER AMUSE BOUCHE (janv 09)

Travail autour de la zone oro pharyngée

Groupe de 5 enfants de 3-5 ans dont 2 enfants autistes

–          1er temps : expérience sensori-motrice

Autour et dans la bouche

Sollicitation des lèvres, dents, de la zone oro pharyngée, de la bouche (souffle)

Association bouche – parole (chansons mimées)

Regroupement devant le miroir – expérience de bouche à oreille

–          2ème temps : apéritif et finger food

Expérience ludique

Main instrumentale : tact et préhension

On regarde la coordination main-bouche

Exploration des couleurs-senteurs-saveurs

des formes –textures

de l’espace nez-bouche-langue

En position debout et assise

–          3ème temps : repas

Repas à table en position assise

Le « contenant »  = les tables et chaises

Espace personnel délimité par le couvert

Fiches d’observation mises en place : goûts alimentaires, autonomie, motricité bouche-lèvres, phonation, bruits de bouche

Une fiche par an

Evolutions de l’atelier

                                       Film

Importance du contenant du devant du corps (paroi thoracique) avec la chaise mise à l’envers (dossier face à la table) = rassembler les deux hémicorps.

Renforcement de la colonne vertébrale avec la balle (vessie hop toys) pour s’équilibrer

Les cris et insultes : agrippement à la relation sociale

c’est quelque chose qui s’expulse

Plus on a d’appuis sensori toniques plus ça aide.

Troubles graphiques : gros ballon assurer leur statique, ne s’agrippe plus aux mains.

Les addictions aux jeux vidéo

29 janvier 2010

  • Emmanuelle DOR-NEDONSEL

Pédopsychiatre à Lenval(deux unités d’hospitalisation temps plein d’adolescents)

Les questions posées par les parents

Sur la notion d’addiction

–          Peut on parler de dépendance sans substance ?

–          Quels sont les symptômes liés la pratique de jeux vidéo?

–          Est ce que la pratique en réseau de jeux vidéo entraîne plus de dépendance ?

–          Quels sont les effets des jeux vidéo sur le développement cérébral de l’enfant ?

–          Les jeux vidéo favorisent-ils les troubles d’attention et de concentration ?

–          Quels sont les liens avec les troubles hyperactifs, la schizophrénie… ?

Les jeux vidéo sont exploités comme des outils éducatifs.

Dans le service, les adolescents y jouent et pratiquent tous sans addiction.

Clinique

  • Cyril

13 ans, joueur en réseau hospitalisé pour agitation extrême. Il a été amené à 23h par les pompiers suite au vol de son avatar par un autre joueur. Il jouait à Daufus de plus en plus et avait de moins en moins d’échanges avec ses proches. Cyril est décrit comme précoce.

Suite à cet incident dans le jeu, il est entré dans une fureur majeure se tapant la tête contre les murs, cassant son ordinateur, agressant ses parents. Cyril semblait en état de manque.

Un traitement anxiolytique lui a permis de retrouver son calme et de prendre conscience de sa dépendance aux jeux vidéo.

On peut se demander quels sont les effets neurochimiques des jeux vidéo ?

Son personnage vivait avec lui depuis 2 ans créant un investissement financier mais aussi affectif. Suite à ce traumatisme du vol, il a perdu une partie de lui même.

Avec cet avatar Cyril avait-il plus confiance en lui ? Est ce plus un élément délirant qui s’est exprimé ? Cyril avait un discours négatif avec ses copains, des conflits à l’école, il était dans un état dépressif.

Ses parents ont un fort handicap (surdité profonde), le père violent. Est ce que le monde virtuel  était meilleur pour Cyril  créant un lieu d’expression de ses sentiments ? Le jeu était-il un exutoire de violence ?

  • Un adolescent

15 ans, retrouvé un soir seul, sans manteau, récupéré par la police. Il avait une idée suicidaire : mourir de froid en caressant les orques à Marineland.

Comme symptômes retrouvé un début de schizophrénie avec des hallucinations auditives, mentales, idées obsessionnelles. Il avait un léger retard de développement et une bizarrerie dans son comportement.

Depuis 5 ans, il se préoccupait des massacres d’animaux et de la pollution. Il avait une incapacité à prendre de la distance, il était un orque.

Depuis 3 ans, il ne faisait plus rien, jouait sur l’ordinateur dans des jeux de stratégies et de guerre.

Y a t-il un lien entre la schizophrénie et les jeux violents ? Est ce un espace interne d’expression de leurs idées ?

  • Mathieu

16 ans, avec un refus scolaire, de la violence envers sa mère et addictif aux jeux vidéo. Son père était décédé et sa mère en dépression. Les troubles ont débuté 2 ans avant en lien avec le début des jeux vidéo. Absentéisme scolaire,  puis jeu jusqu’à 18h par jour. Il se coupait de tout même avec sa famille. Mathieu devenait violent si on le sevrait brutalement allant jusqu’à voler la carte bleue.

Peut être l’hospitalisation a été trop brutale car sevrage au jeu et à la mère ?

Cet adolescent a fait une dépression, est ce que les jeux étaient pour lui un moyen de chasser ses idées suicidaires ?

  • Conclusion

Aucun des trois adolescents ne consommaient de toxiques. Il s’agit de trois cas de garçons. La dépendance aux jeux vidéo les concerne davantage. Les filles sont plus addict au chat et forums.

Dans le service à Lenval, il y a une playstation avec des horaires précis. Cela peut être de nouvelles perspectives d’outils de soins et de remédiation cognitive.

Est ce que cette addiction protège d’autres addictions comme les produits toxico ?

Le trouble est là, en pleine émergence, le fait de jouer au jeu vidéo s’il n’y a pas de soins très tôt ça peut déborder.

Décompensation psychotique : délire à bas bruit dans le jeu et ça empêche de délirer ailleurs.

Au bout de 17h de manque de sommeil cela équivaut à 0,5g alcool dans le sang.

Ce n’est pas forcément le jeu qui déclenche les choses.

On peut aider les adolescents en jouant avec eux.

Se pose alors la question de l’accompagnement par les parents jusqu’où ?

  • F. CHERIKH

Psychiatre au C.H.U de Nice

La cyberaddiction est-elle vraiment une addiction ?

Il s’agit d’un fait de société, de nouvelles mœurs, nous sommes tous connectés.

On dort de moins en moins en lien avec la présence de l’ordinateur.

Il y a 10 écrans par foyers en France.

L’addiction est définie par la répétition d’une conduite.

Notion de toxicomanie sans produit (drogue) c’est une addiction comportementale.

Si on en a une, on peut en avoir plusieurs soit comportementale soit au produit. Il peut y avoir un passage fréquent d’une toxicomanie à une autre.

Il y a une parenté entre les propositions thérapeutiques.

Les entités sont discutées du fait de l’opposition des données biologiques et psycho-sociale.

Risque de retard de la prise en charge de souffrances réelles.

Définition de l’Addictologie selon GOODMAN (1990)

–          Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement

–          Sensation croissante de tension précédent immédiatement le début du comportement

–          Plaisir du soulagement pendant sa durée

–          Sensation de perte de contrôle pendant le comportement

Définition « addiction à internet » selon I. GOLDBERG (1994)

L’adiction à internet peut déterminer la négation ou l’évitement d’autres problèmes de la vie courante.

Plusieurs termes sont utilisés, selon le DSM IV c’est adapté à des critères de diagnostique

Young  parle Internet Addiction Discorder.

Etiologie

–          Erreurs de cognition et isolement social

–          Appartenance groupale

–          Préférence pour les interactions sociales médiatisée par l’ordinateur

–          Relargage de dopamine pendant les jeux

I     Dépendance cyber relationnelle

II   Addiction à la recherche d’information ou de connaissance

III  Cyber sexe

IV  Le jeu pathologique sur internet netgaming

accessibilité, contrôle, excitation, anonymat

V     Les jeux vidéo multi users dungeous MUD

VI   Achats compulsifs en ligne workaholics

Caractères psychologiques

–          Solitude

–          Difficultés à exprimer ses émotions

–          Intolérance à l’ennui

–          Trouble de l’estime de soi

Troubles associés

Comorbidité psychiatrique, il est très rare de ne pas en trouver

100% avaient des troubles de contrôle des impulsions selon le DSM IV

70% avaient des troubles de l’humeur

10% avaient des troubles bipolaires

15% avaient des troubles psychiatriques sans traitement psychotrope

Développement du cerveau

L’adolescence est une période de maturation cérébrale profonde. Celle-ci se poursuit jusqu’à 24 ans.

Les adolescents sont commandés par l’impulsion car la réflexion est en construction. Dans le lobe frontal (du comportement) il y a moins de contrôle avant 24 ans. Cela sera possible après cet âge.

Début des addictions à 13 ans avec des pics jusqu’à 30 ans en lien avec l’alcool, le cannabis et le tabac.

L’alcool peut provoquer beaucoup de dommages sur le cerveau en construction.

Il y a un contrôle cortical avec le lobe frontal qui différencie un cerveau addict et un cerveau non addict.

Récompense             Motivation

Action sous contrôle cortical chez l’addict

Mémoire

L’addiction est une rencontre entre

Individu           Résistances et vulnérabilité, on n’est  pas tous égaux

Produit                                    Contexte familial, professionnel…

Il y a un déni chez les jeunes et les moins jeunes. D’un point de vue des conséquences on s’en rend compte. Si on ne dort pas, par rapport au rythme veille-sommeil, des troubles cognitifs et de la fatigue apparaissent.

Attachement et dépendance

Conséquences à long terme de l’attachement mère-enfant, soit on est sécure soit on ne l’est pas. D’abord on est dépendant au lien (ou trop près ou trop loin).

Besoin d’images et recherche dans ses supports sensoriels de sources externes d’excitations.

L’addiction commence à 15 ans avec un gros pic à 30 ans. Il y a plus d’hommes que de femmes concernées.

Les très accros passent plus de 40h par semaine.

Trois facteurs principaux :

–     Compulsion

–          Perte de contrôle

–          Poursuite du comportement malgré la reconnaissance des conséquences négatives

Conclusion :

–     Trouble d’apparition récente

–     Légitimité de moins en moins contestée

–          Prévalence réelle difficile à évaluer

–          Echelles diagnostiques non validées

L’addiction ce n’est que le symptôme qui va faire émerger le trouble psychiatrique sous-jacent.

Facteur de temps est juste un facteur méthodologique de l’analyse des comportements. Une fausse recherche de norme.

Y a t-il un listing de jeux vidéo plus dangereux , addictogènes que d’autres ?

Non, on retrouve

–          Les jeux en ligne (excitation du nombre)

–          Les jeux de rôles (changement d’identité sociale)

(World of Warcraft les joueurs ne veulent pas laisser tomber les autres)

  •  B.VACHEY

Pédopsychiatre, maison de Solenn à Paris

Usage pathologique des jeux vidéo

I  Historique des jeux vidéo

Deux types (1980-2000)

–          Ordinateurs personnels

Cible adulte

Jeux axés sur la réflexion ou stimulation (Atari, Amega, PC)

–          Consoles de salon

Public enfantin

Jeux de combats, d’actions, super nintendo, playstation

Depuis 2000

–          Jeux en réseau

PC, PS3, Wii, Xbox 360 ex : Dofus

–          Jeux hors lignes

PC, PS3, Wii, Xbox 360, DS

II  Différents types de jeux vidéo

–     Jeux d’action (de combat) : street fighter, call of duty, first, first player shooter

–          Jeux de rôles RPG (d’aventure) : zelda, final fantasy

–          Jeux de simulation (on tente de mimer la réalité) : sin city, l’entraîneur

–          Jeux de sport (compétition entre joueurs) : mario kart

Tous ces jeux peuvent avoir une fonction on line.

MMORPG Massively Multiplayer Online Role Playing Game

Ce sont des jeux de rôles en ligne. Il n’y a pas de fin et c’est interacif.

–          Jeux d’aventure comme World of Warcraft, Dofus

–          Personnage en évolution constante

–          Grand nombre de joueurs en même temps

–          Nécessité de jouer en groupe, socialisation importante

–          Monde virtuel existant de manière permanente

–          Risque de dépendance ( préférence pour le virtuel)

III Usages pathologique des jeux vidéo

Jeux interdits

–     Limites d’âges non respectées (inférieures à 12 ans, 16 ans, 18 ans)

–           Images violentes, effrayantes, pornographiques

–           Parents peu informés, intéressés

Risque inhérent aux jeux en réseau

–          Divulgation d’informations personnelles

–          Dépenses d’argent

–          Exposition de « cyberpervers » avec rencontre dans le monde « charnel »

–          Facilitation des conduites à risque via internet : accessibilité, anonnymat, sensation (illusion ?) de maîtrise

Film Hard Candy

Usages pathologiques : l’abus

–          Plus d’abus que de dépendances

–          FPS (First Player Shooter) jeux de tirs

–          Jeux d’actions en vue subjective

–          Jeux de combat en tournoi

–          Pratique principalement par des hommes et des adolescents

La cyberaddiction est une nouvelle forme de dépendance liée à l’outil internet lui même

–          Sous-tendue par les fonctions socialisantes

–          Particulièrement présent à l’adolescence

–          Addiction cyber relationnelle (msn, facebook)

–          Jeux vidéo en réseau

Jeux impliqués

–          FPS

–          MMORPG

–          Réseau a augmenté le potentiel addictogène des jeux

Caractéristiques des MMORPG

–          Absence de début ou de fin de jeu

–          Joueur acteur de ce monde

–          Temporalité qui favorise l’implication du joueur

–          Avatar renarcissisant

–          Socialisation (certains ne jouent plus, vont juste pour parler)

Risques chez l’adolescent

–          Confits familiaux

–          Restriction trop stricte

IV Troubles associés

–          Solitude

–          Difficulté familiale

–          Hyperactivité (jeux seraient adaptés aux spécificités cognitives des hyperactifs car très stimulants)

–          Phobie sociale (possible amélioration des compétences sociales grâce à la cybercommunication)

–          Dépression

V Prise en charge à la maison de Solenn

C’est de la pédopsychiatrie de base qui se retrouve très peu à la maison de Solenn que des MMORPG.

Symptôme cible : l’isolement

Organisation PEC :

–          Consultation familiale mensuelle

–          Suivi individuel en psychothérapie

–          Groupe hebdomadaire de jeux vidéo

5 à 6 adolescents + psychologue + éducateur spécialisé + animateur

Résultats :

–          Amélioration de l’isolement

–          Alliance thérapeutique

–          Reprise de confiance

–          Diminution de l’anxiété parentale

–          A évaluer plus précisément

Conclusion :

Les jeux vidéo et fonction de socialisation d’internet sont toujours très corrélés à l’adolescence.

Les troubles associés à la pratique: isolement social et familial, phobie scolaire

Enjeux

–          Deuxième processus de séparation-individuation

–          Deuil des images parentaux

–          Investissement des nouveaux objets extra familiaux

–          Métamorphoses du corps

–          Failles narcissiques

Le jeu normal

Monde virtuel et espace transitionnel

Facteurs prédisposants

–                    Carence affective précoce (comme toutes addictions)

–                    Couple parental en difficultés

–                    Dyade mère-enfant

–                    Espace où le je (jeu?) ne peut advenir (P. Aulanier)

–                    Antécédents addictifs familiaux

Le jeu pathologique:

–                    Le Pharmakon : tentative d’auto guérison

–                    Du transitionnel au transitoire

–                    Transitoire car non introjecté

–                    Addiction : défaillance de l’espace transitionnel

–                    Activité compulsive car insatisfaisante

–                    « Trou » narcissique : tonneau des danaides : puit sans fond

–                    Désir et besoin

–                    Objet de désir : émotion

–                    Objet de besoin : sensation

–                    Création d’une « dyade numérique » (Tisseron) recommence sa recherche d’objet

–                    transitionnel reflétant l’imago maternel sans fin

–                    Remplissage de sons, images et gestes

–                    Le désir est vécu comme une menace identitaire

–                    Défaut d’introjection : vacuité de la psyché

–                    Essai de colmatage par le jeu

–                    Dépendance : essai de maintenir l’illusion de la permanence d’un objet perdu ou jamais intériorisé

Le vidéo Pharmakon

–                    Antidépresseur « briseur de soucis » (Freud)

–                    Rend impossible un vrai travail de deuil

–                    Maintient dans une dépressivité

   

  •   C. CARRERE

Psychiatre service des addictions CHU de Nice

36% des joueurs sont des hommes

70% ont moins de 25 ans

73% vivent chez leurs parents

Fréquence de la cyberaddiction 30% des utilisateurs

1,78 % usage problématique garçon

1,4 filles

Statistiques américaines 2007

Moyenne d’âge 33 ans

En France, selon la SOFRES,

Vieillissement progressif des joueurs

Counter Strike : jeu primaire inspiré de la mythologie du Far West (tirer sur tout ce qui bouge).

Les japonais et coréens ne se contentent pas de ça.

Nécropolis : le joueur n’affronte que lui même. Il meurt là où toute la ville est morte. Tout est voué à l’échec.

Deux pathologies contemporaines :

–                    Dépression

–                    Addiction

Notion d’usage simple, nocif, abus ou dépendant (comme les drogues)

Trois groupes :

– Troubles psychiques « grave »

– Adolescents en conflits « ordinaires »

– Addiction vidéo

Avatar : c’est la métamorphose terrestre de Vichnou

Aspects positifs

–                    Développer l’intelligence visuelle

–                    Gérer des contacts sociaux

–                    Gérer plusieurs tâches en même temps

–                    Travailler en équipe

–                    S’intégrer dans une structure hiérarchisée (quasi militaire)

–                    Explorer divers registres identitaires

–                    Donner une forme symbolique à son agressivité

–                    Maîtriser ses angoisses (effondrement, séparation)

–                    Annuler l’absence

–                    Pas de représentation de perte

–                    Crainte de l’effondrement

Absences de risques

–                    Adolescents introvertis : no life

–                    Grandir : acte agressif (prendre la place des parents, veulent protéger un imago

–                    parental fragile)

–                    Réversibilité des actions

–                    Pas de conduite ordalique

Conclusion

–                    Aider l’enfant à passer de la dépressivité à la dépression

–                    L’aider à réaliser un authentique travail de deuil

–                    Aider les parents à instaurer un cadre

–                    Les déculpabiliser

–                    Comprendre leur enfant à travers ces « avatars »

–                    Dédramatiser car il s’agit souvent d’un passage obligé dans l’attente d’un amour à venir

Après coup l’adolescent peut dire « j’étais dans un autre monde ».

S’intéresser à ce que les adolescents font. Les accompagner dedans. Travailler à partir du jeu vidéo. Ne pas être dans la censure. 

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Une Réponse

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